[] Archimia

28/06/2009

Plouf !

Voila.Ça devait arriver.
J'arrive au taquet de ce que je me suis donné
Comme possible à supporter.
Je savais bien que ça risquait de finir comme ça :
Plus le temps.
Ni de vous lire, ni de vous répondre,
Ni même de mettre en ligne mes photos.
Si alimenter ce carnet de route devient un fardeau,
Autant le balancer à l'eau.
Ceci dit, je ne recommettrai pas deux fois la même erreur.
Je mets Archimia prudemment en pause,
Plutôt que de le rayer de la liste des vivants.
Mais en pause combien de temps ?
Quinze jours ?
Un mois ou deux ?
J'ai envie de plonger dans cette eau scintillante,
Et d'en écouter le silence jusqu'à reprendre mon souffle.
J'ai envie d'un tas de choses qui demandent du temps.
Ne m'en veuillez pas trop :
J'ai les ailes trop fragiles,
Pour ne pas m'envoler de temps en temps ...
A bientôt.



25/06/2009

A la billebaude, dans les maisons désertes

A trop vouloir s'élever,
Dans des greniers enfouis,
Par tant d'années de poussières,
D'histoires évanouies,




On prend de l'altitude,
Direct sous les toits,
Et on se sent sans voix,
Pénétré d'inquiètude.

On finit par risquer,
Dessus la balustrade,
Un coup d'oeil atterré,
Uniquement par bravade.




La vache, c'est déjà haut !
De la terre, je m'éloigne,
Tout habité d'Histoire,
Et de toiles d'araignées.

Je me sens déraper,
En spirale infernale,
Tout tourne autour de moi,
Mais non, c'est l'escalier.

Maison abandonnée qui piège ma raison,
De moi s'est bien jouée avec ses escaliers,
Tout de bois décorés,
Verticaux-limaçon ...

23/06/2009

Chemins

Lignes de vie,
Lignes de fuite,
Les chemins sont aussi,
Le moment où l'on marche,
L'endroit par lequel on passe,
L'entrée du royaume de l'Autre.

Et, même à plusieurs,
On reste seul,
Funambule,
Sur ce fil,
A regarder au loin,
Se rapprocher l'avenir,
Qui vous emporte,
Vers d'autres souvenirs ...


21/06/2009

Les visiteurs

Rencontre d'un autre genre,
Par un trou, dans la haie,

Paisibles, en paix, ils paissent,
Et nous laissent ,
Tant galoper.

Profitant de l'herbe épaisse,
Qui, jusqu'au joli ru s'abaisse,
Bien attroupés.

Et à mesure que le troupeau vers moi progresse,
Sens monter quelque chose comme de la tendresse,
Les pieds trempés ...


20/06/2009

Faille

Je repensais à cela hier en regardant un reportage sur le Paris de 1966, et j'y retrouvais curieusement des attitudes et des comportements qui pourraient être actuels.

Curieuses similitudes dans les regards, le désarroi de certains visages, ... une inquiétude mêlée d'excitation dans cette période pré-soixante-huitarde, dans l'attente du tsunami qui viendra bouleverser le monde quelques mois plus tard, le monde de la culture et des idées, autant dire le seul qui existe vraiment ...

On ne peut pas ne pas y penser. Non pas que je veuille vous ressortir la énième annonce d'un futur mai 68, ce qui serait des plus stupides, vu l'état d'esprit ambiant, mais il est clair, qu'une rupture approche, qu'une fissure se creuse, s'élargit, dans l'optique d'un déchirement total.



Ce monde-ci ne s'en remettra pas, je crois. Je ne sais pas si c'est à craindre ou à espérer, mais c'est ainsi. Nos institutions, nos systèmes politiques s'effondrent les uns après les autres, des menaces les plus variées s'accumulent au-dessus de nos têtes.

Nous le sentons venir, comme le vent juste avant l'orage : le changement sera profond. Je veux dire dans les habitudes, les façons de vivre, les moeurs, c'est à dire plus seulement le monde de la culture et des idées, comme en 68, mais aussi nos propres habitudes de vie en société à nous, les "animaux humains" qui peuplont ce monde-ci. Il n'est pas question ici d'annoncer apocalyptiquement la fin du monde, celle d'un monde suffira.

Oui, je repensais tout ça hier, devant ma télé. Et puis, sagement suis allé me coucher, me répétant que le savoir ne me donnait pas grand chose de plus. Peut-être juste le temps de m'asseoir sur mon vieux banc de bois, de m'installer devant ce curieux spectacle qui va s'offrir à nous, ni triste, ni gai.

18/06/2009

Le temps des jardins

Et voici que revient le grand temps des jardins,
Des fouillis d'herbe fraîche et de réveils mutins,
Des bouquets que l'on cueille au milieu des lupins,
Des tas de mauvaises herbes qu'on enlèvera demain,
Des objets mystérieux bien stockés dans un coin,
Qui serviront un jour, on en est bien certain,
Arrosoirs ou fauteuils, bonbonnes, bocaux, bouquins,
Au milieu d'odeurs folles de thym, de romarin,
Qu'on protège, chauvin, les deux pieds dans l' plantain,
Oui voila revenu le grand temps des jardins,
Et de leurs jardiniers toujours un peu zinzins ...

17/06/2009

Face à face

De vous à moi,
Madame,
Dans la rue,
L'espace d'un instant,
Une seconde qu'on partage,
Qu'on se donne chacun,
Avant de disparaître tous les deux.

16/06/2009

En rentrant

Juste après son escapade volontaire en pays vert,
Archie rentre. Il lit le journal, regarde la télé et écoute la radio.
Les messages téléphoniques s'entassent par dizaines sur le répondeur de l'école,
Les méls dérisoires comblent la boîte e-mail,
Un peu à l'image du papier toilette surabondant,

Qui bouche régulièrement les cuvettes,
Dans les WC de la cour des petits.


En rentrant, Archie dépouille le courrier.
Il repense à cette maman dont il vous a déja parlé,
Qui, la semaine d'après son déménagement,
A été incarcérée,
Pour je ne sais quelle connerie qu'elle avait faite,
Et sa gamine placée.

Il redécouvre ce monde, cet autre monde
Où il est question de faire travailler les gens jusque soixante-sept ans,
Pour mieux leur faire gagner cet argent,
Qu'ils dépensent en achetant le plus souvent,
Des choses qu'ils n'ont pas besoin.
En rentrant, il entend parler d'élection en Iran
Et de millions de manifestants,
En rentrant, il repense qu'il devra annoncer aux parents,

Ce soir, en conseil d'école,
La mise en place obligatoire à la rentrée de septembre,

De savon liquide et d' essuie-mains jetables,
Pour préparer les gosses au risque de pandémie grippale.

Oui il repense à tout ça, Archie,
Et ça lui fait un peu l'effet,
D'un gros dragster chromé lancé à plus de cent quatre vingt,
Qui percute de plein fouet,
Un de ces superbes blockhaus qui font la fierté de la ligne Maginot.




Alors il va dans son jardin, le soir.
Il se rapproche du houx,
Pour peu, il lui parlerait presque.
Il lui dirait que, bon dieu la vie ça doit être autre chose,
Qu'on a dû se planter depuis le début,
Que c'est pas possible autrement,
Que la vraie vie est ailleurs,
Loin de tout cela,
Qu'il y a des milliers de raisons de s'émerveiller à chaque minute,
Et qu'on ne sait pas le voir,
Qu'on est en plein soleil, mais que nos yeux sont fermés.
Cousus.


Voila. Il lui dirait ça s'il lui causait.
Mais là, il est un peu fatigué,
Et préfère se coucher.
Là. Dans l'herbe.

15/06/2009

Tribal

Je suis assis, sans bruit.
Je les regarde, transparent.
Ils m'oublient.
Ou plutôt, je fais partie du paysage,
De leur paysage.



Et tandis qu'ils s'agitent sans cesse,
Je les imagine en tribu,
Gestes séculaires qu'il a fallu apprendre à faire,
Il y a quelque part dans ces tentatives de cabane,
Des racines qui nous entraînent loin,
Très loin derrière,
Quand l'homme avait d'abord et avant tout,
A nourrir et protéger le clan, la tribu.

Oui, je les regarde concevoir, argumenter,
Echafauder ce squelette de bois,
Heureux et apaisés,
Avec aux lèvres ce sourire qui affirme,
Qu'à plusieurs, on y arrivera toujours.
Attentifs, comme au premier matin du monde.



Plus tard, la nuit viendra,
Et avec elle la fête.
On se raconte la journée
On ne voit pas la nuit monter,
Et, si les brochettes de chamallows,
Remplace les morceaux de viande sauvage tuée à la chasse,
Pour le plus grand bonheur de leurs carries,
Je reste là-bas,
Coincé il y a des milliers d'années,
A me répéter que l'homme, décidément, n'a pas changé :
Il continue de jouer avec tout,
Et n'importe quoi,
Comme un gamin.
Avec ses copains.
Tribal.


13/06/2009

Atterrissage

Trois petites photos comme trois points de suspension,
Juste pour vous écrire que je suis encore vivant,
Fatigué, débordé mais heureux, et je pense, pas le seul.
Rentré hier soir de ce curieux voyage aux confins de l'enfance,
Où le sourire côtoie la colère et les larmes, l'enthousiasme ...

A bientôt





06/06/2009

La bulle

Un week-end étrange,
Entre élection, moyennement motivé,
et fête des mères un peu désuette, en mélange,
Un peu comme une bulle d'air,
Au milieu de mon apnée verte ...

Suis redescendu sur terre hier soir,
Vérifier l'état de l'humanité, de ses catas et de son désespoir,
Compter un peu mes courbatures, il faut bien le dire aussi,
Et repartirai là-haut, le matin de lundi.

La-haut : Dans l' énorme gîte, débordant du minuscule village,
Au pays de la forêt et du froid (1,5° ce vendredi matin)
Dans un espèce de no man's land entre France et Belgique :
C'est peu dire qu'ici l'Europe prend tout sons sens,
Mais ce n'est pas de cela que nous avons parlé avec les mômes, là.
Là, nous les avons laissé réaliser,
Ce que tant d'adultes ont tant de mal à admettre,
A savoir qu'il leur reste tout à découvrir de cette planète qui les héberge ...

Et me voici donc de retour dans cette chambre étrange,
Rouge et silencieuse,
Ornée de ce tryptique bizarre,
Volontairement flouté, tant il est loin de moi,
Avec, comme en mur transparent,
L'image de la fenêtre que le levant projette.

Cette chambre me rappelle sans cesse celle des dernières images de ce merveilleux film de Kubrick (2001, l'odyssée de ...) parce que je me demande si elle fait vraiment partie du temps, de l'espace ou bien tout simplement de mon imagination
...


Oui, il est certainement extraordinaire cet endroit. Et si c'est peut-être le seul cadeau que je puisse faire à ces enfants, je le sens de taille pour eux, un genre de truc dont ils garderont le souvenir toute leur vie. Eux, qui -pour la plupart- ne savaient même pas ce que c'est qu'une forêt (ils imaginent des singes ou des serpents) et roulent des yeux ronds comme des billes quand je leur montre le ventre orange vif du triton alpestre que j'ai choppé à la main dans une flaque d'eau d'un chemin ..., eux qui vont apprendre à construire des cabanes, à faire des sculptures avec les cailloux, à partager avec les autres, à écouter, à argumenter, bref à apprendre tout ce qu'on devrait apprendre à l'école et qu'on a jamais le temps de faire ...

Petit clin d'oeil en rentrant : ce papa, vendredi soir qui vient me voir avec son gosse (qui va partir en séjour lundi) et me dit : " Je sais que Justin, le copain de mon fils, dans sa classe, n'a pas l'argent pour participer au prochain séjour (on demande 10 € aux parents, ce qui est énorme dans une école de ZEP), alors moi, je veux bien payer pour lui, je m'arrangerai avec sa mère pour qu'elle me rembourse plus tard ..."

Bien sûr, je lui répond que sa proposition est très généreuse, mais que, depuis sept ans que je dirige cette école, pas un élève n'a pu participer à une activité faute d'argent, (la coopérative de l'école se substituant toujours à la famille dans ces cas là), mais que, bien sûr, je ne peux pas l'annoncer tout haut lors de la réunion avec les parents ... C'est quelque chose qu'on règle à part avec les gens concernés, disons avec une certaine "pudeur".

N'empêche. Ce papa là, ce soir, j'étais fier de lui.
Et son gamin aussi, j'en suis sûr.

Bon. Je vous laisse encore pour une semaine.
Ne m'en veuillez pas trop.
A bientôt.

 

referencement
referencement