[] Archimia

08/10/2009

Fantaisie en jaune

Caméléon-capucine fait sa maline,
Capucine-caméléon se pavane en ton sur ton.


Et le crépi n'en revient pas :
Il cherche à limiter la feuille et son coeur de vert,

Elle voudrait tant qu'il veuille livrer son coeur de pierre,
Chacun retient son souffle et attend,
Le temps qu'il faut,
Que la nuit arrive et les fonde,
Dans le plus noir des noirs.




07/10/2009

Les prisons des hommes

Je me rappelle : elle était venue me dire qu'elle allait partir, qu'elle voulait quitter la ville avec ses deux enfants.

"Ici, c'est mort, de toute façon, je trouverai jamais de boulot..."

Elle disait qu'elle avait une amie, là-bas, dans le sud, à Pézenas (c'est dans l'Hérault), qu'elle allait descendre bosser avec elle, qu'elle voulait tout recommencer, tout reprendre à zéro.

Et les deux gosses, blêmes, frêles, de la regarder, elle, leur mère, surexcitée pour l'occasion, avec ce drôle de regard que peuvent avoir les mômes quand ils ne croient plus depuis longtemps à une histoire trop souvent répétee, ressassée.

Elle n'avait pas laissé d'adresse, elle avait quitté l'école comme on s'enfuit d'un pays, pensant sans doute que le geôlier, c'était moi, ou quelque chose comme ça.

Les mois avaient passé. D'autres étaient arrivés, repartis. Je n'y pensais plus : le bulldozer du quotidien est très efficace pour nettoyer les souvenirs ...




Et la voici devant moi, se tortillant, un peu comme une gamine prise en faute. Le retour à la case départ. Et les deux gosses, à côté d'elle. Huit-dix ans, ils n'ont guère changé, pendant ces sept mois, un peu plus pâles, plus résignés, un peu plus prêts à affronter cette drôle de vie, qui continue, comme un mauvais film, qui cahote en permanence d'ennuis en emmerdes, sans espoirs de projets, de changements. Comme vaincus.

Il est long et compliqué, le chemin du bonheur. Il arrive qu'on se croit libre, qu'on se trompe de prison, ou de geôlier. Il arrive aussi qu'on ne sache plus bien de quel côté des barreaux on se trouve, ni même au juste s'il y a des barreaux, s'il y a un "dehors".
Perdus. Je les sentais perdus tous les trois. Je n'ai pas interrogé la maman sur ce qui s'était - ou ne s'était pas- passé. Par pudeur. Je crois qu'elle a apprécié.

J'ai juste souri aux gosses en leur re-souhaitant la bienvenue, et les ai laissé partir en courant dans la cour de récré. Avec les autres.

06/10/2009

Les pays des hommes

Pays.
Pays de rien,
Pays de chien,
Pays de sueur, de labeur,
Pays de bois et de forêts,

De collines et de vallées,
De pâturages et d'usinage,
Pays de musique d'estampage,
Pays de fonte et de ferrailles,
Pays de grèves et de batailles,
A chaque guerre, envahi, terni, anéanti,
Pays qui souffre et qui résiste,
La paix revenue, isolé, délaissé, oublié,
Pays résigné,

Pays de froid, de gel, de neige,
Pays que les légendes assiègent.

Pays de pauvres gens,
De migrants et de voyageurs du temps,
Pays de hasard, de brouillard, de retard,

Mon pays.




04/10/2009

En ville

Ballade sur le trottoir,
Le long des murs ivoires,
Préférant aux vitrines,
Léchées avec application,
Lever le nez au ciel,
Et guetter du bas le voyageur,
Et ses fientes cruelles.

Coup d'oeil amusé du pigeon,
Juste dans l'oeil de boeuf,

Zut ! Raté, se dit-il, paré pour le plongeon,
Et le voila parti vers un endroit plus neuf ...

Et la ville est si belle quand elle est vue d'en haut,

Qu'on regrette ce coup d'aile qui nous fait tant défaut.



01/10/2009

Echec




C'est presque un échiquier,
Sur un plan vertical,
C'est au pied du château,
En guise de déco.
Bien loin du piédestal,
Les pièces ont disparu, même le cavalier,
Semble s'être fait la malle ...

Dame reine est partie,
Son roi est abattu,
Combat de l'illusoire,
Sur un morceau d'histoire,
Et je m'en vais déçu,
Retrouver la sortie.

Un clin d'oeil du matin,
Sous un soleil serein ...

30/09/2009

Spirales

Quand l'agriculteur du coin,
S'amuse avec la nature,
A l'arranger, la décorer, l'habiller...

Lentement, à grands tours de tracteur,
Du paysage, il crée un patchwork,
A admirer de tout en haut,
Et il déroule autour du bosquet,
Un andain qu'il tisse comme un fil,
Araignée minuscule, affairée à jouer son rôle,
Dans cette immensité ...



28/09/2009

Hésitation



Des caprices de la météo,
Aux humeurs de la réflexion,
On se perd toujours un peu.

Entre le dedans et le dehors,
A la fois rêvant de voir la pluie tomber,
Nous, bien au chaud, bien calfeutré,
Ou, tout autant, dans le jardin, de soleil baigné,
Refusant de comprendre pourquoi il faudrait s'abriter.

L'esprit humain est compliqué,
Et passe ainsi pas mal de temps,
A se tourner, se retourner,
A rechercher de quel côté,
Il serait le mieux placé,
Il pourrait le mieux savourer,
Sans tentative de regret,
Le peu de temps qui lui est compté ...
 

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