[] Archimia

19/10/2009

Vieillir

Quand je serai très vieux,
Décrépi, écaillé,
Quand je serai rouillé,
Ne sachant ni bouger, ni tourner,
Quand, on ne verra plus,
Dans mes yeux éclaircis,
Que le reflet d'un ciel

Pour toujours "encore gris",
Quand je vivrai dans l'ombre,
Tapi dans le souvenir,
Et que, même ma mémoire,
m' aura abandonné,
J'aimerais bien qu'un type,
Lunatique et barbu,
Passé là par hasard,
Sorti de sa tribu,
Vienne me tirer le portrait,
même ridé, même laid.




La vieillesse des autres,
Est tellement plus près que la nôtre,
Qu'il est bon de temps en temps,
De la regarder en face,
Histoire de lui laisser le temps,
De bien nous rattraper ...



17/10/2009

Envie

Partir,
Seul ou avec les siens,
Faire un tour en bateau,
Sortir du réel,
Plonger dans le rêve,
Pour une minute, une heure, qu'importe,
S' échapper du quotidien,
Flotter comme on s'envole,
Vers d'autres rives,
L'espace d'un instant,
Traverser d'autres couleurs,
Des horizons plus flous,
Regarder passer les autres,
Leurs contours moins nets,
Les voir disparaître lentement,
Se fondant dans cette masse colorée,
Et puis,
Revenir, rentrer,
Grandi,
Plus fort et plus patient,
Plus à même d'affronter ce monde,
De mieux le comprendre,
Pour avancer un peu ...





Ça me fait toujours cet effet là,
Quand je vois passer un bateau.

16/10/2009

Octobre

Saluons l'arrivée du grand froid automnal comme il se doit :

Les premières gelées d'octobre
Sont cette page qui se tourne dans l'année ...

Quand le soleil croît moins vite et moins loin,
Quand, les matins frisquets, on surprend son haleine,
Se fondre gentiment aux fumées des maisons,
Et quand, de loin en loin, on peut suivre sur la plaine,
Le grand serpent de Meuse, et son panache de laine,
Quand les contre-jours se font d'or,
Sur fond de ciel limpide,
Quand les hérons silencieux pourfendent le paysage,
Escortés de choucas qui battent la mesure,
Quand les vaches, qu'on soupçonne à peine dans les prés,
Cherchent difficilement quelque plante à brouter,





Moins quatre ce matin, et me voila ravi,
Le froid convient si bien aux gens de ce pays ...

14/10/2009

Parallèles

Entre les maisons du haut et celles du bas, il n'y a guère plus de deux cent cinquante kilomètres. Hé oui ! C'est comme ça : la France est un petit pays. Au moment où un type de vingt-trois ans va prendre le contrôle des maisons du dessus, plus personne ne s'intéresse à la maison du bas. Et pour cause, elle sera tombée l'hiver prochain. Ici, le gel est fait pour ça.




A moins de deux cent cinquante mètres de là habite une de mes mamans d'élèves. Hé oui ! C'est comme ça : ma ville est une toute petite ville. Elle a deux gamins de quatre et cinq ans et hier soir, vers seize heures trente, on s'est aperçu qu'ils avaient la gale.

J'ai expliqué à la maman que je ne pouvais pas les prendre à l'école (il y a éviction scolaire), qu'il fallait donc consulter, les soigner et ne les faire revenir que totalement guéris.

Mais cette maman là ne peut pas payer.
"Et la CMU ? Je n'ai pas la CMU, je suis en attente du RSA". Bon. Seize heures quarante-cinq : j'appelle l'infirmière scolaire du Réseau Ambition réussite : personne. Bon. J'appelle l'assitante sociale du collège d'à côté : personne. Seize heures cinquante : je viens d'avoir une infirmière scolaire d'un autre collège qui me suggère d'appeler le Centre d'action sociale de la ville. Je m'y précipite, il est seize heures cinquante-cinq. La personne m'explique que l'aide sociale ne fait plus de "bons" pour la gale, suite à une nouvelle décision. Bon. Jusque cinq heures dix, j'essaie plusieurs numéros : le centre médico-scolaire, le centre médico-social, ... mais là, cette fois, c'est fermé.


La maman attend patiemment dans mon bureau et ses gamins cavalent partout. Elle m'explique qu' en ce moment ils sont sept à la maison (des demi-frères plus âgés et qui ne sont pas tout le temps là)et qu'elle n'a pas de machine à laver ...

Bon. Il y a des soirs comme ça. Je finis par l'envoyer au SAMU. C'est pas terrible comme décision pour soigner une gale, mais c'est tout ce que j'ai trouvé et, au moins, ce sera gratuit.

"Mais ils vont me faire une ordonnance et je ne pourrai pas la payer !"
"Peut-être vous donneront-ils directement les médicaments ... sinon, allez voir les assistantes sociales du Centre médico-social demain avec l'ordonnance, elles vous aideront.
Et puis il va falloir qu'elles aillent chez vous pour voir comment votre appartement peut être désinfecté".

Désinfecté. En la regardant partir avec ses deux gosses. Je me dis qu'il y a peut-être plusieurs sortes de gales, celle qui s'attaque aux miséreux, et une autre, plus pernicieuse et moins connue, qui rongerait plutôt le monde de la politique et de la finance. Un genre de gale qui creuserait ses galeries en dessous, juste en dessous d'une certaine idée de la morale.

Pas facile à soigner non plus, celle-là.

12/10/2009

Les images de la ville

Des vitrines qui s'animent,
Et des gens transparents,
Des silhouettes qu'on habille,
Qu'on transforme en vivant,
Qui nous hèlent, nous appellent,
Nous interpellent, souvent.
Nous, gros insectes, par la lumière attirés,
Contre le verre si lisse, et venant se cogner.

Les images de la ville,
Nous entraînent dans leurs fils,
Englués.
L'addiction citadine
Fait de nouvelles victimes :
On se croit entourés,
Mais on est qu'isolés,
Les autres sont des mannequins,
Adroitement disposés,
Qui tentent de gommer,
D'autres réalités ...



 
... et c'est le soir venu que l'on retrouve enfin,
Solitude de l'instant et couleur de l'urbain.

11/10/2009

La porte bleue

En grand, la porte-écran,
Profite du soleil levant,
Pour faire son cinéma.
Lanterne magique,
Qui, dans l'ombre, fabrique,
Toutes sortes de chinoiseries ...

Poussez-là, tout disparaît !
Ne reste en place,
Qu'un souvenir fugace,
Juste le rappel d'un rideau au crochet ...

Puis, un peu comme au théâtre,
Les trois coups opiniâtres :

Je pousse la porte bleue,
Je saisis mon manteau,
Le rideau se lève, et ...
La journée peu commencer.






09/10/2009

Intrusion

Dés l'aube, quand le soleil revient,
Les chats-pardeurs du petit matin,
Envahissent silencieusement le terrain,
Et, de proche en proche,
De gouttière en gouttière,
Passent voir si tu n'as pas chez toi,
Ce qu'ils n'ont pas trouvé chez moi ...


 

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