[] Archimia

09/04/2009

Guetteur

Qu'est-ce qui nous pousse à faire ce qu'on fait ?
En voila une question récurrente.
Encore plus sur la toile.
A ce propos, j'ai retrouvé cette présentation qui date de 2005 au fond d'un vieux carton (Ah ! les vieux cartons d'Archie !). Je me suis dit qu'il n'était jamais trop tard pour expliquer pourquoi on fait des choses.
Alors, à vous de voir ...
(Bien sûr, comme d'habitude, n'oubliez pas de mettre le son ...)







Les paysages saisis dans cette animation sont ceux du massif forestier de l'Ardenne belge, capturés à "la Croix Scaille".

08/04/2009

Petite comptine printanière

Mon nouveau voisin a un drôle de look,
Du soir au matin, il me fiche le souk,
Quand je râle un brin, il me traite de plouc,
C'est décidé : demain, j'y arrache le bouc,
J'le change en zeppelin, tout en caoutchouk ...


Ah mais ... Merle alors !





07/04/2009

Le petit pêcheur

Souvent, gamin, dés que le printemps arrivait, il venait là avec le vieux. Il n'était pas attiré par la pêche, comme son grand frère, seulement par "l'idée de la pêche". Il avait tout l'attirail, mais, du haut de ses six ans, ne savait pas s'en servir.
C'en était devenu une sorte d'habitude, de rituel. Ils arrivaient par le chemin, puis foulaient les grandes herbes. Ses bottes, trop grandes pour lui, ruisselaient. Pas à pas, il marchait, il suivait le vieux. Enfin, ils arrivaient, tout au bord de l'eau, au niveau des rapides, juste en face de la petite île.

Celle-ci émergeait d'un brouillard rosé, à tel point que longtemps après, même sans se rappeler précisément de l'endroit, cette image revenait à l'esprit de l'enfant, comme synonyme de fraîcheur et de méditation.

Là, ils s'asseyaient. Ils parlaient peu. Ils écoutaient le silence, cet étrange silence ourlé du bruit continu mais lointain des rapides qui se fracassaient derrière l'île.

De temps à autre, le cri d'un héron ou d'une poule d'eau osait déchirer le brouillard, sans jamais qu'on puisse l'apercevoir.
L'enfant était perdu dans un monde de songe. Les yeux vissés au sol, il semblait s'extasier devant les croquenots ou le pantalon de jardin du vieux, mais, en fait, il était déjà loin, très loin, bien au-delà de la rive ...

Sur l'île, on pouvait apercevoir les restes de quelque bâtiment de béton, datant de l'ancienne filature qui s'effritait avec le temps, quelques dizaines de mètres plus bas.

L'enfant guettait l'instant. Il connaissait précisément l'endroit où il devait s'asseoir, au centimètre près. Par la fenêtre de ce bâtiment, ouverte et béante sur l'autre rive, il attendait l'arrivée du soleil levant, exactement cadré au bon endroit, juste pour lui.

L'instant était magique et durait peu. Le vieux ne bougeait pas non plus. Une fois, il ajouta : " Tu vois, le soleil vient de par là. Un jour, quand tu seras grand, tu feras sans doute le tour du monde, et tu parviendras peut-être à atteindre l'autre côté. Alors, tu n'auras plus besoin de guetter cette fenêtre ..."



Tout ce passé là avait quitté son esprit depuis bien longtemps. Et voila qu'aujourd'hui, c'était lui le vieux. Et il se retrouvait là, en cet endroit, ce matin là, et cette image du passé qu'il avait complètement oubliée, lui revenait en pleine figure, brûlante comme un coup de fouet.

D'un coup, il revoyait tout : il revoyait les balades au bord du canal avec son père, près du barrage, l'ambiance dans la brume, le cri de oiseaux. Son père : presque quarante ans après sa mort, il avait bien essayé de ranger tous ses souvenirs, soigneusement repliés dans la commode de l'oubli, mais rien n'y faisait : il y avait toujours des bouts qui passaient.

En une image, c'était tout un pan du passé qui venait de se décrocher, énorme comme une avalanche, la sensation délicieuse et terrifiante d'avoir traversé à toute vitesse la petite fenêtre de ce petit bâtiment gisant là-bas, loin, sur cette petite île de sa petite enfance ... juste à l'endroit précis où le soleil se lève ...

06/04/2009

Totem

Rencontre dans la forêt
Avec un totem hirsute,
Un balafré, un vrai de vrai,
Déchiré, arraché,et le copeau luisant,
Il fait celui qui attend.

Il fait aussi celui qui entend.
Où sont passés les combattants,
De cette inégale bataille ?

En fait, la forêt borde un enclos,
Où sont parqués deux ou trois chevaux,
Qui regardent d'un oeil avide,
Ce qu'il reste de l'invalide.


Moralité :
On a beau être fier combattant,
On est pas à l'abri des gourmands.

05/04/2009

Rétrospective dans une boîte bleu ciel

Une fois n'est pas coutume, il arrive qu'on trouve des secrets en cherchant autre chose. C'est ainsi qu'en cherchant une vieille photo dans ma malle à trésors, je suis retombé sur celle-là, que j'avais oublié ...



La grande boîte en bois peint conserve ses souvenirs,
Sous forme de petits carrés découpés,
Le plus souvent en noir et blanc,
Avril 64 : Archie a 7 ans,
Et il est prêt à en découdre avec le monde entier.

Parlons-en, du monde :
Martin Luther King devient prix Nobel de la Paix,
Et il est élu "homme de l'année",
Quatre ans avant de se faire assassiner.
La guerre civile débute à Chypre en février, et,
Pendant que l'Amérique interdit la discrimination raciale,
Mandela est condamné à la prison à perpétuité en Afrique du Sud,
L'OLP est créée en Palestine,
La première bombe atomique chinoise explose,
Et Khrouchtchev est remplacé par Brejnev et Kossyguine.

Bref, le petit bâton d'Archie n'y suffira pas,
à changer ce monde-là,
Qui n'est pas si terrible finalement,
Dés que l'homme s'en mêle et s'emmêle ...
Qu'importe, il a sept ans et il y croit,
Et il y croiera encore longtemps.
Certains jours, il parait même,
Qu'il y croit encore,
Quand le temps n'est pas trop mauvais au dehors ...

Ah si ! J'allais oublier : heureusement, c'est en mars, cette année là qu'est née Juliette Binoche ;-)

03/04/2009

Le petit chemin

Un petit chemin.
Juste un petit chemin sans importance,
Pour aller où bon nous semble,
Ecouter le printemps venir,
Les bourgeons s'ouvrir.
Un petit chemin pour marcher seul ou à deux,
Pas besoin d'être plus nombreux.
Plus il y a de gens et moins on ressent.
Un petit chemin à l'heure,
Où nos ombres s'allongent,
Plus près du pays des songes,
Encore tiédi par le soleil.
Un chemin à travers prés et champs,
Vers la forêt, s'avançant,
Au milieu de ce pays qui me porte,
Depuis bien longtemps déjà.

Un chemin qui ressemble un peu à une vie,
Qu'on déroule autour de la nuit,
Qu'on traverse épanoui,
Seul ou aux côtés de l'autre choisie,
Sans même imaginer qu'un jour, le chemin finit.



Chemin de la forêt domaniale d'Elan - Commune de Sapogne-Feuchères (08)

01/04/2009

Réveil mutin

Petit matin sans mystère dans la chambre jaune.

Depuis longtemps déjà,
Les oiseaux piaillent sur la gouttière,
Et ça fait curieusement,
Comme un bruit continu de torrent,
Qui descend,
Cascadant,
Le long du temps.

Vers cinq heures, j' entends le bruit
Du journal que l'on glisse furtivement,
Par la boîte aux lettres.
Puis le moteur,
De la voiture du livreur,
Qui poursuit sa journée.

Puis plus rien.
Et ce rien là est un tout.
Car il est si fort, qu'on l'aime plus encore,
Il est si court, dans le demi-jour,
Qu'on voudrait crier, pour le conserver.

Alors, petit à petit, le soleil dessine,
Par les fentes des volets,
D'étranges ombres de Chine,
Projetées au mur, en secrets.
C'est le moment où je pars très loin,
Un instant.
Le moment où j'imagine,
Où je dérive,
Où ma raison s'esquive.

Quand je reviens de là,
Quand je suis de retour,
Je tourne la tête de côté,
Vers le hurleur et son compte à rebours.
Il est là,
Silencieux, scintillant,
Attendant son moment,
Dans moins d'une minute, maintenant.

C'est là que je l'arrête,
D'un geste décidé,
Et, par-dessus la couette,
D'un sourire satisfait,
Doucement je me répète,
Que cette fois encore,
Le temps n'est pas le plus fort.

Puis il faut se lever,
Se laver, s'habiller,
Vite fait, petit café,
Sur tranche de pain grillé,

Se chausser, voiture démarrer,
Vite, vite, filer bosser ...



 

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