[] Archimia

19/11/09

Petite balade rimbaldienne le long du canal des Ardennes

Le long ruban d'acier
Borde tes rêves dorés,
Toujours t'en vas, mené
Au gré des vents, forcé.
La tête, pleine de soleil,
En marcheur infini,
Te voila qui approche,
Près du village de Roche.
Là, tu retrouveras
Les traces de ses pas,
De ses semelles de vent,
Par lesquelles il s'en fut,
Marcher en écrivant,
Ou rêver en marchant,
S'imaginer ailleurs,
Se composer vainqueur,
Tout au long des chemins durs,
Là où passa Arthur.




"Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;"

17/11/09

Les têtes

Ce soir, je suis un peu fatigué, et, je ne sais trop pourquoi, je repense à une expo que j'étais allé découvrir il y a quelques temps ...

Elles me font sourire,
Serrées, presque frottées,
Les unes aux autres,
On sentirait d'ici leur granulosité,
Mais ça serait tellement mieux du bout de l'index,
On tracerait peut-être des chemins,
Les reliant entre elles,
A travers le gravier.
On les imaginait têtes aveugles, sourdes et muettes, oeufs calcifiés,
Mais on les sent vivantes et calmes, comme reposées.




Dans toutes les civilisations du monde,
L'art est cet étrange territoire,
Caché aux confins de la raison,
Qui subsiste quand tout le reste est érodé.

Placé ainsi, il est le dernier rempart contre la folie.
Il m'aide à oublier ce quotidien sordide,
Cette mère, complètement ivre et sous cachets,
Qui pleurait qu'on voulait lui voler ses enfants
Tout à l'heure, en plein milieu de l'après-midi,
Qui secouait les grilles de l'école jusqu'à les décrocher,
Elle aurait bien aimé voir sa fille, là, tout de suite.
Mais sa fille, elle, n'aurait pas du tout aimé la voir.
Comme ça, dans cet état là. Devant les autres.

Alors pour éviter qu'une gamine ait honte de sa mère,
Nous dûmes parlementer pendant presqu' une heure,
Autour d'un petit café,
Avant qu'elle n'accepte de repartir,
Avant qu'elle n'accepte que je téléphone à sa mère à elle,
Pour qu'elle vienne la rechercher,
En attendant l'heure de la sortie.
Drôle de trait d'union :
De mère à fille,
De femme à femme.

Alors oui, ces sphères me font penser à ces mères à la dérive,
Qui semblent flotter au milieu des gravats,
Une existence mouvante en noir et en blanc.
Oui, heureusement que l'art est là,
Et l'écriture aussi,
Pour pouvoir gommer ces mots et ces images,
De temps en temps,
Pour pouvoir s'échapper,
Pour aller respirer ailleurs.

Aimer l'art.
Ça n'est pas parce que c'est beau,
C'est seulement parce que c'est.
Vital.


15/11/09

Trouvaille

Ça y est, ça devait arriver.
C'est arrivé la semaine dernière.
Dimanche après-midi, très exactement.
A force de chercher et chercher sans relâche,
D'aller à pieds, par les routes et les chemins,
D'interroger les gens,
A force de visiter villages, hameaux, patelins,
De fouiller dans les rues,
De questionner les chiens,
De quadriller mon coin,
De l'Ardenne de schiste au bocage de Thiérache,
De la forêt d'Argonne à la craie de Champagne,
J'ai fini par dénicher
Ce que je n'osais plus espérer,
Au détour d'un chemin,
Le long d'une ferme en ruine,
J'ai trouvé l'arbre. Le seul. Le vrai.

Le pommier dont les fruits ne tombent jamais.

12/11/09

Tout juste

Juste une photo comme ça.
Pour toi, pour moi,

Pour tout ceux qui la voient.
Une photo pour laisser courir ton imagination,
La laisser te guider aux pays des matins courts,
et des soirs embrumés,
En attendant d'arriver vers la fin de l'année,
Avant de basculer de l'autre côté.


Juste quelques pixels alignés,
Suffisamment serrés, solides, évocateurs,
Pour rappeler que oui,
Il fait bon vivre ici ou là,
A regarder filer le temps et les saisons,
A aimer la terre avec ou sans qui vivent dessus.

C'est important,
De temps en temps,
De se le rappeler.


A toi de causer, maintenant .

11/11/09

Comme mes mots (dé) : rations

De commémos en commémos,
On finirait par ne plus vivre que dans le passé.
Alors à l'occasion de ce onze novembre, j'ai pensé,
Faire appel à un ami pacifiste, plus que jamais.
Ce couteau là, n'a jamais tué : il est en fer blanc,
Plus léger qu'une plume,
Il faisait partie du "mess kit" des soldats américains,
D'où le "RIA (Rock Island Armory) US 1911" gravé dessus.

Ce couteau là était dans ma maison,
Quand je suis arrivé il y a vingt-six ans.
Il m'attendait. Sagement.
Fiché entre deux pierres mal jointoyées d'un mur.
Ce couteau là, c'est le "couteau de quatorze",
Comme disent mes gamins, qui l'ont toujours connu.
Il sert à aller couper des salades ou des courgettes l'été, au jardin.
Et il ne sert qu'à ça.




Alors, aussi farfelu que ça puisse te paraître,
J'aimerais bien dédier ce jour à ce type,
Américain totalement inconnu, venu ici,
A des milliers de kilomètres de chez lui.
Je ne connais pas son histoire,
J'ignore si elle est tragique ou pas,
Mais j'aime à l'imaginer repartir au pays,
Une fois la guerre finie,
Et prendre le temps à la dernière seconde,
De glisser son couteau entre deux pierres,
De cette vieille baraque abandonnée :
Un clin d'oeil de complicité,
Une façon de marquer un territoire, un souvenir,
Une façon de se passer le témoin, en quelque sorte,

Juste à travers le temps.

08/11/09

Ce que les murs murent

J'ajoute ma pierre à l'édifice -si l'on peut dire- et je voudrais dédier cette photo à tous les murs qui ploient, se plient, se lamentent, se déforment, craquent, se fissurent, s'effondrent et finalement s'écroulent, de par le monde.

Murs, rassurez-vous :
On ne vous en veut pas.
Nous sommes comme ça,
Nous, les hommes.
D'ailleurs, ce sont souvent les mêmes,
Qui vous montent et vous démontent.
Au gré des vents,
Au gré des temps.



Qu'on sache bien et surtout qu'on se souvienne,
Qu'un mur à lui seul, n'a jamais rien réglé,
Même si tous les problèmes ne se sont pas envolés avec lui.

Qu'on se rappelle enfin aussi
Qu'un mur, aussi haut fut-il,
Futile,
Même fait de pierre, de béton ou d'acier,
Est beaucoup plus fragile,
Qu'une petite feuille de papier,
Sur laquelle des mots sont griffonnés,
Mots d'amour, poémes de liberté, fertiles :

Les mots des enfants des hommes.

Gros temps

L'automne, c'est aussi ...
Le temps des tempêtes,
Et des vents déchaînés,

De ceux que rien n'arrête,
Arbres déracinés,
Et déluges à perpète,
Qu'il fait bon regarder,
Caché derrière sa fenêtre,
A regarder passer,
Dans un ciel sans focettes,
Des morceaux d'un peut tout ce qu'on peut dessiner,
Embarqués par le vent, menés à la baguette ...




Qu'importe. Tant qu'il reste un café,
Une bière, et une galette.
On peut bien bouquiner,
Ou se faire une crapette.

 

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