[] Archimia

13/03/2009

Béton ailé

Loin des affres d'une crise où chacun est plus noir que l'autre, au milieu d'emplois perdus qui se comptent par milliers, bien alignés, comme de belles croix blanches dans un cimetière militaire démesuré, loin des cris de haine ou de folie qui transforment des établissements scolaires en boucherie, ou, au minimum, en camps retranchés protégés par des cordons de CRS éperdus, loin de tout ça, donc, je pense à Ronchamp.

Non pas que je n'ai aucune compassion ou inquiétude pour ce qui nous arrive, mais elle serait de toute façon parfaitement inutile.

Me voici donc à Ronchamp, sur cette petite butte de 472 m d'altitude, lieu choisi par Charles-Edouard Jeanneret (dit "Le Corbusier") pour y bâtir sur le lieu d'une chapelle détruite, celle -désormais célèbre- dite de Notre-Dame du haut.

Nous sommes en 1955. A l'époque, Le Corbusier est agnostique. Aussi résolument que suis athée aujourd'hui.

N'empêche. Cet endroit est indiscutablement un lieu, un site.





Que n'a-t-on pas écrit sur cette chapelle ? De polémiques en polémiques, certains y auront vu une "forme d'oreille" , élégante parabole pour un lieu où l'acoustique est extraordinaire, qui plus est s'il se veut à l'écoute du ciel ... d'autres y auront senti la force du taureau, symbolisé par sa corne,...

Bref, d'analyse en explications, d'explications en hypothèses, ou d'hypothèses en théories, on reste toujours sur sa faim, car les expliqueurs sont toujours des emmerdeurs : la création artistique ne s'explique pas, elle se vit, elle s'exprime, elle vous gifle ou vous assomme, elle a besoin de silence ou de respect, pas d'un cours de terminologie.

Alors je suis monté sur la butte, et j'en ai fait le tour, avant d'y pénétrer. La pluie était battante et glacée, et c'était encore mieux.

Mais c'était à l'extérieur, que je m'y sentais bien. Je suis monté sur le promontoire situé à côté, pour mieux la voir de haut, elle qui domine toute la vallée.

Un édifice blanc dans un pays noir.

Un massif bloc de béton atteint de légéreté, à tel point qu'on la croirait gonflée à l'hélium. Comment ce même béton, aujourd'hui cancer de nos banlieues, a-t-il pu être magnifié de cette façon ?

La seule chose que je puisse dire, hormis l'émotion, c'est que ici, loin de toute considération théologique, l'homme a juste voulu construire quelque chose pour l'homme.

Le lieu de réflexion est évident, incontournable.
Et les lignes ouvertes jetées vers le ciel.
Chapeau, Charles-Edouard.







4 commentaires:

Fleur d'hiver a dit…

Pourquoi, même quand on est athée, les lieux de culte nous émeuvent-ils ?

C'est une question que je me pose souvent.

ptilou a dit…

Bel endroit où je ne suis pas encore allé... un jour , un détour.
Quand j'étais petit, j'avais le timbre Ptt de cette église du Corbusier.

≈≈≈ a dit…

Ici aurait pu démarrer une nouvelle religion peut-être; celle des gens ouverts d'esprit !

Le petit monde d'Archie a dit…

A mon avis, Fleur, le fait d'être athée n'empêche pas de se poser toutes sortes de questions sur l'existence. Y répondre par l'athéisme implique aussi d'aller voir ce que d'autres en pensent, peut-être ... en est-on plus sensible pour autant ? Je ne sais pas.

Où j'apprend que Ptilou faisait la collec' des timbres :) J'avais un bon copain qui en faisait une aussi, et je lui ramenais toujours les timbres "trésors" que je pouvais recevoir ... En tout cas, si tu en as l'occasion, n'hésite pas : c'est à voir.

≈≈≈, l'obscurantisme a souvent nuit à la plupart des religions ...
Le Corbusier a lui-même dit, en parlant de cette chapelle : "Je m’attends un de ces jours à une frottée du Vatican, car il y a là-dessus une remontée dans le temps vers l’homme et vers le divin, qui a permis de prononcer une parole architecturale"

 

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