[] Archimia

14/03/2009

Boutique

Pénombre humide,
Capharnaüm,
Empilements rapides,
De l'espace consomment,
Mélange de couleurs et mélange d'odeurs,
Térébenthine, médiums, durcisseurs,
Boîtes de conserve et vieux bocaux,

Pinceaux tout raides et vis en trop,

J'adore fouiner dans ces coins-là,
Temples de l'aventure et de la création :
Ils racontent des milliers d'histoire,
A qui veut bien les croire...



Je m'y revois enfant, en culotte courte. C'était la vieille remise de mon grand-père. "La boutique", il appelait ça. Il la tenait de son propre père, qui était maréchal-ferrant : on y trouvait donc une vieille forge, une enclume, et un tas de vieux outils pour travailler le métal.

C'est là qu'on venait jouer, avec ma cousine. On devait bien avoir huit ou neuf ans. L'enclume était grosse comme moi et toujours prête à se transformer au gré de mon imagination.
Il y avait aussi une grande meule à main, avec un réservoir à eau. De cette eau noire et glauque dont on ne sait pas depuis combien de temps elle est là. Je n'ai jamais pu déterminer avec précision le nom des espèces sous-marines qui devaient rôder aux alentours, mais j'étais déjà certain, qu'à côté, le monstre du loch Ness devait ressembler à une libellule ...

Et puis, il y avait toute une collection de boîtes métalliques et de bidons, de paquets de vis ou de clous, plus ou moins rangés, plus ou moins rouillés. Il y en avait partout : au sol ou en hauteur, tant la place était réduite. Quelques centaines de tégénaires (j'ai toujours eu horreur des araignées!) se chargeaient de garder le trésor, j'étais terrorisé, mais ça faisait partie de l'ambiance ...

Notre grand-père n'y venait plus souvent : c'est ainsi que nous en avions fait notre domaine, un peu comme les souris, qui s'approprient petit à petit les tiroirs du vieux buffet du grenier, quand celui-ci n'est plus assez fréquenté (je sais de quoi je parle).

C'est de cette époque que date ma passion pour ces endroits noirs, sales, collants et poussiéreux : la terreur des mères qui font la lessive, mais le bonheur et la fierté des vrais grands aventuriers (même s'ils ont, quelquefois encore, peur des tégénaires)...

11 commentaires:

Catherine a dit…

Ah, c'est malin ! Moi qui ai la phobie des araignées, en voyant tégénaire, je me dis comme ça : chouette un nouveau mot et hop je tape sur gougueule qui m'en a mis plein les yeux avec des images.
Je vous pardonne parce que les pots mal fermés, les pinceaux pas nettoyés, la poussière et le bazar... on dirait l'atelier de mon père. Maintenant qu'il n'est plus là, ça me manque.

Le petit monde d'Archie a dit…

Désolé Catherine, je ne pouvais pas savoir que c'était une phobie partagée :))

maud a dit…

très beau texte qui me ramène aussi à mon enfance, à mes propres grands-pères, l'un photographe, l'autre passionnée de dessin et peinture, et je me dis vraiment que les passions ne naissent décidemment jamais par hasard...

Mots d'Elle a dit…

Mon père a un atelier où tout est aseptisé, mis sous boites plastique, étiqueté, au carré! A ma connaissance, les araignées n'en franchissent pas le seuil et n'en ont même pas l'idée.
Joli texte rempli de nostalgie.

Le petit monde d'Archie a dit…

Ah le hasard, Maud ... Je ne sais pas, au juste. Peut-être qu'on est plus sensible à des souvenirs qui trouvent échos avec nos passions. Avis à d'autres témoignages.

Oui Yaëlle, je vois tout à fait ce que tu veux dire :) J'ai des collègues qui bricolent beaucoup, mais où tout est rangé dans des petites boîtes en plastique "type 24 x 32mm NF93622". Je dois t'avouer que je n'y trouverais pas mon compte. Moi, il me faut du chantier, de la poussière, des copeaux (excellent ça l'odeur des copeaux et de la résine!), il me faut aussi une bordée d'injures quand je ne retrouve pas ce "xfzswwfpz" de tournevis ...

Ceci dit, heureusement : dans sa grande sagesse, la nature a aussi bâti des hommes rationnels qui rangent tout et bien.

Simplement, c'est dommage pour les araignées :)

la Mère Castor a dit…

comme l'atelier garage de mon grand père, où pas une voiture n'aurait trouvé de place. C'est un terrain de jeu formidable (et dangereux, quand même) pour des enfants.

Catherine a dit…

Ah oui, la bordée d'injures ! Ça me fait bien rire. Comme il n'y a que moi qui (essaie) de bricoler dans la maison et que je suis bordélique, le "où il est st'ostie de tabarnak" sort souvent. Ça fait moins grossier en québécois, vous ne trouvez pas ?

Fleur d'hiver a dit…

Moi, mon papa ne bricolait pas, la nature l'ayant, disait-il, pourvu de deux mains gauches qu'il m'a généreusement léguées.

Mais... l'homme de ma vie, oui, et nous avons la joie d'avoir des boites de clous, de vis, de tuyaux de toutes sortes, jamais de la bonne dimension, bien sûr. Des souris qui viennent piquer les croquettes du chien, et un joyeux bazar un peu partout autour de la maison.

Fleur d'hiver a dit…

"Boutique", ce mot qui pour beaucoup est synonyme de petit magasin chic et cher, évoque pour moi les toutes petites entreprises familiales, bien noires et bien crados, dans lesquelles des familles entières montaient des boulons dans la vallée de la Semoy.

≈≈≈ a dit…

J'aime bien les "boutiques" en désordre, elles laissent l'impression de renfermer des trésors. Ce doit être pour ça que j'ai du mal à ranger :o)

ptilou a dit…

et le verbe "boutiquer" est sympa aussi, à user et détourner

http://www.cnrtl.fr/definition/boutiquer

 

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