[] Archimia

31/03/2009

Noir

Elle est là, debout, dans mon bureau.
Elle doit être jeune, pas la trentaine, sans doute.
Et là, elle me raconte.
Sa fille. De huit ans.
Qu'une autre fille embête,
Sans arrêt, à la récré, ou dans la rue.
Intérieurement, je soupire,
Mais ça se voit (je sens que ça se voit):
C'est la deuxième ou troisième fois
Qu'elle vient me voir pour ça,
Je lui dis que c'est des trucs de gosses,
Que les parents ne doivent pas trop s'en mêler,
Que j'en ai déjà discuté avec les élèves,
Et que j'espère bien que ça va se calmer.


Les larmes coulent et sa voix devient inaudible.
J'essaie de la calmer, de la rassurer.
Le rimmel et le maquillage s 'étalent lentement sur son visage.

Elle a sorti un mouchoir, et m'écoute, attentive.
A cet instant, on dirait une gamine.
Et en même temps que je parle,
Je pense à la détresse humaine, à la souffrance, au désespoir.
Je me dis qu'il ne faudrait pas grand chose,
Des fois, pour que ça aille mieux.
Mais pas grand chose, c'est encore de trop.
La vie ne fait pas de cadeau.
Ici comme ailleurs.

Là voila qui sort, en se mouchant.
Je la raccompagne.
C'est fini.
Je reste seul un moment.
Un peu con, pas fier.
Comme à chaque fois qu'on se frotte
Au mal-être des gens, à la misère, à la solitude.
Je mets le nez dehors.
J'ai besoin de respirer.

Je m'étais pourtant juré de ne plus vous parler de mon boulot ...





30/03/2009

Abandon

Abandon en plein centre ville,
Changement de tons, de couleurs, et d'époque,
Au lustre d'hier succèdent fissures et lierre,

Une grille rouillée,
Que seule éclaire la chaîne qui la retient,
Et cette toiture qui n'en n'est plus,
Un trou béant dans cette grande coque,
C'est un cimetière de vieux bateaux,
D'éléphants ou de cachalots,
Qui reste là comme une balafre, une blessure de guerre,
Curieusement, il arrive que l'histoire s'écrive à l'envers,
Dans les châteaux, comme dans les chaumières ...



29/03/2009

L'oeil du crapaud

La maison à Bar, comme on la nomme ...
Ses ponts calmes et ses eaux dormantes,
Lumière du soleil et pierres dorées,
Association d'idées,
Princesses enrubannées,
Cherchant d'un prince charmant le baiser.
Vague à l'âme,
L'âme à rêver,
A imaginer.


Ici vit un pays,

Où l'on imagine beaucoup :
Des songes de châteaux,
Jusques aux rires des fous.








Petite fantaisie graphique sonore pour alimenter ce dimanche ...

28/03/2009

Plafond


Et si le toit était par-dessus le ciel ?
Pauvre Verlaine,
Pavage en vision spéciale spatiale,
Sidérant de sidéral,
C'est le monde à l'envers et j'en suis tout retourné !



27/03/2009

Soleil

Ici,
Même les jours gris,
Il suffit de lever le nez,
Pour apercevoir du soleil les rayons,
Bien à l'abri, bien caché.

Chaude en hiver, fraîche en été,
Cette yourte est là depuis des années,
Dans les Vosges, blottie toute en haut d'un ballon,
Elle est le refuge qu'on espère pas,
Lieu d'intimité qui force à parler un ton plus bas,
Où se croise un peuple de marcheurs, skieurs, coureurs,
Et autres mots en eur.



A ceux que la solitude affole,
Clin d'oeil à la vieille yourte mongole.




Et voila, comme promis, en cadeau,
A la demande de Catherine et Fleur d'hiver,
La yourte vue de l'extérieure,
Dans la neige au col du Ballon d'Alsace, 1178 m ...

26/03/2009

Cieux


Des cieux de Mars à tout va,
Que le soleil inonde, ou que le tonnerre broie,
De giboulettes en grosses berlées,
En deux minutes, éberlué,
Il faisait jour, tout éclairé,
Et voici la nuit retrouvée.

Sur l'objectif de l'appareil,
Prisonnier de ma photo, le soleil.
Sur le canevas de la toile,
Retenu par mes pinceaux, le voile.

Le ciel est merveilleux de changements ...




25/03/2009

Raté

Inutile de vous bluffer, vous l'avez entendu à la radio,
Ce matin, la neige a attaqué le massif de l'Ardenne,
Tant belge que français.
Et Archie de ranger ses rêves de bricolage au jardin,
Lui qui avait un peu de temps ce matin ...
L'osier restera en bottes, bien rangé sous le auvent,
Et le plan-crobar à l'aquarelle ne servira pas encore ce matin.


La prairie fleurie et les douces ipomées,
Les étranges cobées et capucines grimpantes,
Les coloquintes qui pendent le long des bras d'osier,
Tout ce joli monde restera encore au chaud,
Les cabanes à fleurs d'Archie attendront encore un peu ...



Ça ne fait rien,
Même sous les flocons :
Y rêver, c'est s'en rapprocher
.

24/03/2009

Pari

La vie, c'est parfois cette passerelle incertaine et rouillée,
Qui surplombe un fleuve tourbillonnant et glacé.
Bah ! Ça tiendra ! On se dit ...
Et généralement :
Ça tient.

En fait, la vraie question n'est pas :
Pourquoi ça tient ?
Mais plutôt,
Pourquoi aller de l'autre côté ?



Il arrive que ça ne tienne pas.
Mais il peut arriver tellement de choses ...

23/03/2009

Perspective

Lignes de fuite,
Fuites de lignes
Lignes tordues,
En torsade,
Signes ténus,
En façade.




22/03/2009

Alignements


Ensemble.
Ils sont un peu comme nous :
Les uns à côté des autres,
Les uns serrés contre les autres,
Mais tous ne regardent pas dans la même direction.

21/03/2009

Libération

Soulever le lourd crochet de fer,
Pousser doucement la vieille porte de bois peinte,
Et, lentement, inonder de la lumière du jour,
Tous ces objets qui vivent dans l'ombre depuis si longtemps.

Les aveugles de la remise,
Gémissent aux rayons du levant.
Libérer du silence son emprise,
Juste l'espace d'un instant.



20/03/2009

Eloge

Je voudrais dédier cette photo,
A celles et ceux qui savent et sauront toujours,
Quelle que soit la situation extérieure,
Même quand tout va de guingois,
Conserver leur juste regard sur la réalité des choses de ce monde ...



Etirons-nous, mes amis,
Etirons-nous ...

18/03/2009

Journées bleues

Tiens ! Voici revenu le temps des journées bleues ...

J'avais fait cette toile un mois de mai,
En pensant à Sensation, le poème de Rimbaud,
"Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,"
C'est tout à fait ce que je ressentais :
Une sorte de sérénité retrouvée,
Après des moments très perturbés.
Curieusement, la toile m'accompagne dans ma chambre maintenant,
Comme si elle veillait sur mon sommeil.

Pour ceux qui connaissent,
L'endroit est un petit port fluvial bâti sur le canal des Ardennes,
qui se nomme "Pont-à-Bar".

La magie des journées bleues,
C'est qu'elles riment avec heureux ...



Pour les puristes qui désirent voir la toile en éclairage brut, cliquez .

17/03/2009

Divagations matutinales

Il est pas toujours facile à comprendre, ce monde.
Il faudrait le regarder d'une autre façon.
Il faudrait le voir suffisamment flou,
Pour noter ce qui est important,
Et suffisamment net,
Pour s'y retrouver.
Il faut dire qu'il est grand, ce monde.
On aurait vite fait de s'y perdre,
Surtout si tout est flou.
On se sentirait un peu comme en prison.
Une prison d'eau,
Barreaux horizonteaux,

Mais soi-même, bien au sec, au chaud,

Un genre de seconde peau.
On finirait par ne plus savoir de quel côté,
Serait la liberté,
De quel côté habiter.
Car c'est bien là son problème, à ce monde,
C'est qu'il faut aussi y habiter.

Pourquoi je pense à tout ça ce matin,
Mon numérique à portée de main ?
C'est qu'en plus il y fait beau, parfois, dans ce monde.
Enfin, ... des fois. Pas toujours.
Pourquoi tout semble toujours plus simple à comprendre
Quand il fait beau ?
Et pourquoi l'homme ne se réduit pas à un simple pourquoi ?



Allez, j'arrête là. Sur mon siège plastique.
Je sors du Lavomatic.
Je repose mon numérique.
J'abandonne l'esthétique,
Et au boulot, je rapplique,
Chic !

16/03/2009

La tonne à eau

Et voila qu'Archie, toujours désireux de lutter en faveur de la réhabilitation du monde agricole, vous propose l'idée suivante :


Créons un musée des outils agricoles abandonnés dans les champs ...

14/03/2009

Boutique

Pénombre humide,
Capharnaüm,
Empilements rapides,
De l'espace consomment,
Mélange de couleurs et mélange d'odeurs,
Térébenthine, médiums, durcisseurs,
Boîtes de conserve et vieux bocaux,

Pinceaux tout raides et vis en trop,

J'adore fouiner dans ces coins-là,
Temples de l'aventure et de la création :
Ils racontent des milliers d'histoire,
A qui veut bien les croire...



Je m'y revois enfant, en culotte courte. C'était la vieille remise de mon grand-père. "La boutique", il appelait ça. Il la tenait de son propre père, qui était maréchal-ferrant : on y trouvait donc une vieille forge, une enclume, et un tas de vieux outils pour travailler le métal.

C'est là qu'on venait jouer, avec ma cousine. On devait bien avoir huit ou neuf ans. L'enclume était grosse comme moi et toujours prête à se transformer au gré de mon imagination.
Il y avait aussi une grande meule à main, avec un réservoir à eau. De cette eau noire et glauque dont on ne sait pas depuis combien de temps elle est là. Je n'ai jamais pu déterminer avec précision le nom des espèces sous-marines qui devaient rôder aux alentours, mais j'étais déjà certain, qu'à côté, le monstre du loch Ness devait ressembler à une libellule ...

Et puis, il y avait toute une collection de boîtes métalliques et de bidons, de paquets de vis ou de clous, plus ou moins rangés, plus ou moins rouillés. Il y en avait partout : au sol ou en hauteur, tant la place était réduite. Quelques centaines de tégénaires (j'ai toujours eu horreur des araignées!) se chargeaient de garder le trésor, j'étais terrorisé, mais ça faisait partie de l'ambiance ...

Notre grand-père n'y venait plus souvent : c'est ainsi que nous en avions fait notre domaine, un peu comme les souris, qui s'approprient petit à petit les tiroirs du vieux buffet du grenier, quand celui-ci n'est plus assez fréquenté (je sais de quoi je parle).

C'est de cette époque que date ma passion pour ces endroits noirs, sales, collants et poussiéreux : la terreur des mères qui font la lessive, mais le bonheur et la fierté des vrais grands aventuriers (même s'ils ont, quelquefois encore, peur des tégénaires)...

13/03/2009

Béton ailé

Loin des affres d'une crise où chacun est plus noir que l'autre, au milieu d'emplois perdus qui se comptent par milliers, bien alignés, comme de belles croix blanches dans un cimetière militaire démesuré, loin des cris de haine ou de folie qui transforment des établissements scolaires en boucherie, ou, au minimum, en camps retranchés protégés par des cordons de CRS éperdus, loin de tout ça, donc, je pense à Ronchamp.

Non pas que je n'ai aucune compassion ou inquiétude pour ce qui nous arrive, mais elle serait de toute façon parfaitement inutile.

Me voici donc à Ronchamp, sur cette petite butte de 472 m d'altitude, lieu choisi par Charles-Edouard Jeanneret (dit "Le Corbusier") pour y bâtir sur le lieu d'une chapelle détruite, celle -désormais célèbre- dite de Notre-Dame du haut.

Nous sommes en 1955. A l'époque, Le Corbusier est agnostique. Aussi résolument que suis athée aujourd'hui.

N'empêche. Cet endroit est indiscutablement un lieu, un site.




Que n'a-t-on pas écrit sur cette chapelle ? De polémiques en polémiques, certains y auront vu une "forme d'oreille" , élégante parabole pour un lieu où l'acoustique est extraordinaire, qui plus est s'il se veut à l'écoute du ciel ... d'autres y auront senti la force du taureau, symbolisé par sa corne,...

Bref, d'analyse en explications, d'explications en hypothèses, ou d'hypothèses en théories, on reste toujours sur sa faim, car les expliqueurs sont toujours des emmerdeurs : la création artistique ne s'explique pas, elle se vit, elle s'exprime, elle vous gifle ou vous assomme, elle a besoin de silence ou de respect, pas d'un cours de terminologie.

Alors je suis monté sur la butte, et j'en ai fait le tour, avant d'y pénétrer. La pluie était battante et glacée, et c'était encore mieux.

Mais c'était à l'extérieur, que je m'y sentais bien. Je suis monté sur le promontoire situé à côté, pour mieux la voir de haut, elle qui domine toute la vallée.

Un édifice blanc dans un pays noir.

Un massif bloc de béton atteint de légéreté, à tel point qu'on la croirait gonflée à l'hélium. Comment ce même béton, aujourd'hui cancer de nos banlieues, a-t-il pu être magnifié de cette façon ?

La seule chose que je puisse dire, hormis l'émotion, c'est que ici, loin de toute considération théologique, l'homme a juste voulu construire quelque chose pour l'homme.

Le lieu de réflexion est évident, incontournable.

Et les lignes ouvertes jetées vers le ciel.
Chapeau, Charles-Edouard.







12/03/2009

Matins de vacances

Il y a des matins comme ça. On se réveille. Dans la chambre, on est bien. On se prend à avoir envie d'une petite aquarelle. Alors, doucement, on s'imagine des collines, des montagnes, une herbe verte digne des meilleurs mois de mai, des paysages naïfs peuplés de vaches et de chaumières, des paysages charmants, pleins de couleurs et de gaieté...

Ça y est, on est parti, on ne se retient plus : déjà on imagine ces verts tendres et ces bleus horizons, et où ai-je rangé la boîte d'aquarelle la dernière fois, déjà ? Enfin, n'y tenant plus, on s'habille ...


11/03/2009

Ficelle

Découverte sous d'immenses océans verts,
Coraux confondus confondant fond des mers et des terres,
Les mousses deviennent oranges,
Et les lichens étranges,
Le granit ruisselle, mais pas suffisamment,
Pour empêcher déclin, suivi d'assèchement,

Tout proche la mort,
Malgré le décor,
Archie, parole d'honneur,
N'a pas touché à la couleur ...



Pourquoi faut-il que la Nature soit si belle,
Quand la vie ne tient plus qu'à une ficelle ?

09/03/2009

Les morts debouts (2)

Archie et ses idées à la zouave essaie de vous faire ressentir cette impression perçue dans cette forêt bizarre ...
Bricoler une impression sur le net, à coups de rognures d'octets et de poussières de pixels, c'est prendre le risque de se casser la g... mais ça peut être rigolo aussi.
Bon. Soit, j'essaie. Si vous n'aimez pas, ne m'en voulez pas ...


PS : Avant de vous embarquer, n'oubliez pas de monter le son.
Je sais : écouter, lire et regarder en même temps, c'est pas facile.
Vous ne voudriez quand même pas que je sois le seul à bosser, non ?




Les morts debouts (1)

L'arbre est mort et debout.
C'était peut-être normal:
Il est mort de vieillesse,
ou bien de quelque mal,
Mais il n'était pas seul,
Et toute une colonie
Avait pris pour linceul,
La forêt endormie.



L'arbre est mort et debout,
Soit.
Et allez donc savoir pourquoi,
A chaque fois,
J'y veux trouver autre chose,
Que celle que la raison impose,
Quelque signe de notre impuissance
A trouver la racine du mal,
A chercher le remède à ceux que nous empoisonnons.
Coupable impression.

08/03/2009

Aller à la ligne

De ligne en ligne,
De pêche à la ligne en ligne d'écriture,
Nos vies sont remplies de lignes de toutes sortes
Entrées par la fenêtre ou sorties par la porte.



07/03/2009

Osez haut scier l'osier

Me voila ici à nouveau, plein de repos et de photos, prêt à reprendre le flambeau. A propos de flambeau, commençons par le flamboyant des bords de ruisseaux ou des petits coins frais ...

Oui voila revenu le temps de l'osier,
Gerbe Rouge et Or, dans jardin qui dort,
Sur crépi Or et Rouge, que personne ne bouge,
Inversion des couleurs,
Travail des formes,
Taillage,
Bouturage,
Lissage,
Plissage,

Forçage,



En sculpture vivante ou en déco,
On peut presque tout faire avec de l'osier,
Et s'en rappeler toute l'année ...
 

referencement
referencement