[] Archimia

07/10/2009

Les prisons des hommes

Je me rappelle : elle était venue me dire qu'elle allait partir, qu'elle voulait quitter la ville avec ses deux enfants.

"Ici, c'est mort, de toute façon, je trouverai jamais de boulot..."

Elle disait qu'elle avait une amie, là-bas, dans le sud, à Pézenas (c'est dans l'Hérault), qu'elle allait descendre bosser avec elle, qu'elle voulait tout recommencer, tout reprendre à zéro.

Et les deux gosses, blêmes, frêles, de la regarder, elle, leur mère, surexcitée pour l'occasion, avec ce drôle de regard que peuvent avoir les mômes quand ils ne croient plus depuis longtemps à une histoire trop souvent répétee, ressassée.

Elle n'avait pas laissé d'adresse, elle avait quitté l'école comme on s'enfuit d'un pays, pensant sans doute que le geôlier, c'était moi, ou quelque chose comme ça.

Les mois avaient passé. D'autres étaient arrivés, repartis. Je n'y pensais plus : le bulldozer du quotidien est très efficace pour nettoyer les souvenirs ...




Et la voici devant moi, se tortillant, un peu comme une gamine prise en faute. Le retour à la case départ. Et les deux gosses, à côté d'elle. Huit-dix ans, ils n'ont guère changé, pendant ces sept mois, un peu plus pâles, plus résignés, un peu plus prêts à affronter cette drôle de vie, qui continue, comme un mauvais film, qui cahote en permanence d'ennuis en emmerdes, sans espoirs de projets, de changements. Comme vaincus.

Il est long et compliqué, le chemin du bonheur. Il arrive qu'on se croit libre, qu'on se trompe de prison, ou de geôlier. Il arrive aussi qu'on ne sache plus bien de quel côté des barreaux on se trouve, ni même au juste s'il y a des barreaux, s'il y a un "dehors".
Perdus. Je les sentais perdus tous les trois. Je n'ai pas interrogé la maman sur ce qui s'était - ou ne s'était pas- passé. Par pudeur. Je crois qu'elle a apprécié.

J'ai juste souri aux gosses en leur re-souhaitant la bienvenue, et les ai laissé partir en courant dans la cour de récré. Avec les autres.

7 commentaires:

la Mère Castor a dit…

Tu me serres le cœur.

elle-c-dit a dit…

Pezenas est une bien jolie petite ville, ma soeur y habitait pendant 10 ans... Mais pour autant, si on a pas des racines dans les pieds... rien ne prend...
L'important c'est que les mômes soient bien accrochés à son bras...

Le petit monde d'Archie a dit…

La vie est ainsi faite, Mère Castor, que ceux qui cherchent à vivre mieux ne trouvent pas forcément le bon chemin, tandis que d'autres sont plus heureux sans même à avoir à se demander pourquoi ...

Tu vois, Elle-c-dit, apparemment, même cette jolie petite ville n'a pas suffit à combler cette maman. Sans doute qu'elle y cherchait autre chose qu'elle n'a pas pu trouver là.
Alors elle est rentrée là où elle savait qu'elle pourrait recommencer à chercher ...

Constance a dit…

Hier déjà je suis venue et j'ai lu. Comme petite Mère, ça me serre le coeur. Je reviens juste te dire ça. ça me serre le coeur.

Le petit monde d'Archie a dit…

Je l'imagine bien, Constance, et moi, le raconter me permet de prendre un peu de distance, parce que, même si je ne le vis pas, c'est mon quotidien, alors il faut bien que je tienne.

Un de mes patrons (c'était un bon, celui-là) m'a dit un jour : "si on est là, c'est parce que c'est là qu'on a besoin de nous". Alors, tenir, oui, c'est bien le mot ...

azerty a dit…

Nino Ferrer a chanté le Sud.
Mais il ne se serait peut-être pas suicidé dans le Nord ?
Va savoir...

Duga

Le petit monde d'Archie a dit…

Là-dessus, je n'ai pas d'idées Duga. Connaissais pas assez Nino.
Dommage en tout cas ...

 

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